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Sulochana et Oncle David : deux légendes de Bollywood

Rédigé par Aurélie Collart (chercheuse à l'Institut d'Etudes du Judaïsme)


Sulochana (c) Menemsha Films.
Sulochana, la « Reine de l’écran indien » 

Première superstar féminine du cinéma indien, Ruby Myers, de son vrai nom, est considérée comme la première femme fatale du septième art indien. Elle naît en 1907 à Calcutta, dans une famille juive d’origine irakienne et commence sa carrière comme téléphoniste. Sa première apparition sur le grand écran remonte à l’année 1925, dans le film Veer Bala dont le réalisateur, M.D. Bhavnani, repère une photo d’elle. Bien qu’elle ne bénéficie encore d’aucune expérience en tant qu’actrice, il la trouve parfaite pour le rôle. 


Au tout début de sa carrière, elle est créditée sous son vrai nom, mais dès 1926, dans le générique de Bhamto Bhut, elle est appelée Sulochana, du nom de son personnage dans ce film. Au vu de ses superbes yeux, son nom de scène lui correspond à merveille : Sulochana, signifie, en sanskrit,  « Celle qui a des yeux magnifiques ».


L’actrice produit de nombreux films muets dans les années 1920. Au cours de cette période, elle joue parfois dans des films orientalistes fantaisistes, mais surtout dans des films sociaux où elle est représentée comme une jeune femme moderne occidentalisée. Elle joue tantôt une secrétaire dans Typist Girl (1926), une téléphoniste dans Telephone ni Taruni (1926) ou, encore, une star de cinéma dans Cinema Ki Rani (1925), un film qui l’aide à forger sa propre légende.


Dès 1927, dans Mumbai Ni Biladi, Sulochana et l’acteur D. Billimoria forment un couple éblouissant. Leurs multiples baisers (voir Heer Ranjah, 1929) enflamment le public, à tel point qu’ils sont utilisés lors du lancement des films


Avec l’apparition du cinéma parlant, sa méconnaissance de l’Hindi se révèle être un sérieux handicap pour la suite de sa carrière. Sulochana dédie alors une année entière à l’apprentissage de cette langue. En 1932, elle revient dans un remake parlant de Madhuri, un énorme succès qui signera la suite de l’aventure avec un grand nombre de ses films populaires rejoués en version parlante, dans les années 1930 et 1940. Elle est l’une des rares stars anglo-indiennes du cinéma à être sortie indemne suite à la transition du muet vers le parlant.


Sulochana est également connue pour avoir possédé la première Rolls Royce en Inde. De plus, son image sera utilisée par Gandhi dans ses compagnes politiques. 


Toutefois, la fin de sa carrière n’aura pas le même éclat que ses débuts. En effet, suite à l’échec de plusieurs films dans lesquels elle joue un personnage principal, elle sera dorénavant cantonnée à des rôles secondaires.


Quoi qu’il en soit, au sommet de sa carrière, Sulochana est surnommée la « Reine de l’écran indien » ou, encore, la « Star des stars ». Son côté moderne, exotique et cosmopolitain, à la fois, lui vaut également d’être appelée la « Greta Garbo indienne ». En 1973, elle reçoit le prix le plus prestigieux du cinéma indien, le prix Dhabe Phalke, pour sa contribution au cinéma national. Après son décès, en 1983, le gouvernement indien sortira même un timbre à son effigie.  


Oncle David

Oncle David (c) Menemsha Films.

Parmi le panthéon des légendes juives du cinéma indien, on trouve principalement des femmes. Toutefois, les hommes y sont présents aussi, comme c’est le cas pour David Abraham Cheulkar. 


Né en 1909, il obtient un diplôme en sciences humaines en 1930 à l’Université de Bombay. Au cours des six longues années suivantes de recherche d’emploi infructueuse, il étudie également le droit avant de se lancer dans l’industrie du cinéma hindi comme acteur professionnel. 


Son physique particulier le destine peu à incarner des héros et des méchants. Petit et chauve, il excelle, en revanche, comme acteur de genre, dans les rôles inhabituels de personnages excentriques et originaux.


Tout simplement connu sous le nom de David ou oncle David par ses fans, l’acteur accède à la célébrité en 1954, lorsqu’il est engagé pour jouer dans le film Boot Polish. Il y incarne John Chacha, un gentil contrebandier qui porte assistance à des frère et sœur orphelins, leur apprend à gagner leur vie en cirant les chaussures plutôt qu’en mendiant, et ce juste avant d’être envoyé en prison. Pour ce rôle, l’acteur reçoit le prix du meilleur second rôle du magazine Filmfare. Au cours de sa carrière, longue de plus de 40 ans, il joue dans plus de 110 films bollywoodiens, dont Gol Maal (1979) et Baton Baton Mein (1979). 


Cheulkar reçoit de nombreux prix pour ses qualités de conteur. Au sommet de sa carrière, entre 1959 et 1975, il est l’invité de nombreuses émissions de remise de prix. Le Premier ministre indien de l’époque, Jawaharlal Nehru, le complimente même dans l’un de ses discours.


L’acteur est impliqué dans la promotion du sport et devient même le représentant indien des Jeux olympiques. Il se trouve d’ailleurs aux Jeux olympiques de Munich lorsque son ami, le manager de l’équipe d’haltérophilie israélienne, est tué lors d’une attaque terroriste. 


Juif pratiquant, il est membre de la communauté Bene Israel de Bombay. Il prie brièvement chaque jour, observe toujours le jeune de Yom Kippour et se rend à la synagogue à cette occasion.


L’acteur prend sa retraite au Canada et décède à Toronto en 1981.

Première publication dans La Centrale ( n° 353, septembre 2019).


Sur le même sujet: "Bollywood: quand les hommes jouaient aux femmes".

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