Un centre pionnier à Anvers qui réinvente l’engagement des jeunes : le Centre Romi Goldmuntz

Dans le cadre du projet “Rencontres avec les archives – À la découverte d’un document”, nous vous proposons un article consacré au Centre Romi Goldmuntz d’Anvers. Il s’agit d’un espace à Anvers consacré à la culture juive, principalement pour la jeunesse. Il a ouvert ses portes en 1970.

Ce centre tire son nom du célèbre diamantaire Romi Benjamin Goldmuntz (1882-1960). Très jeune, Romi Goldmuntz s’était expatrié avec sa famille de la Pologne vers la Belgique avec sa famille. Il débuta à l’âge de 15 ans une carrière d’ouvrier dans un atelier de diamants à Anvers, comme beaucoup d’immigrés juifs de l’Est. En 1902, il ouvrit son propre atelier, pour après, s’imposer avec son frère Léopold, comme l’un des plus grands entrepreneurs diamantaires du pays, et même du continent.
Vers 1920, son entreprise ne comptait pas moins de 600 ouvriers diamantaires, ce qui atteste de l’importance qu’il a jouée dans l’industrie de cette pierre précieuse à Anvers. Par ailleurs, il a contribué à sauvegarder le secteur diamantaire de cette ville malgré les deux conflits mondiaux qui ont considérablement ébranlé ce commerce. En effet, après la Première Guerre mondiale, il convainquit les ouvriers diamantaires anversois exilés aux Pays-Bas de revenir à Anvers.
Au lendemain de la libération de 1945, il répètera ce même mode opératoire, mais, cette fois-ci, pour les diamantaires exilés à New York, ville devenue le nouveau centre du commerce diamantaire mondial. Déjà, pendant la guerre, il créa le Diamond Office à Anvers et le Correspondent Office of the Belgian Diamond Industry (C.O.F.D.I.) dédié à récupérer les diamants confisqués durant l’invasion du pays. En outre, Romi Goldmuntz cumula plusieurs postes puisqu’il fut nommé président d’honneur du Syndicat belge de l’industrie diamantaire (S.I.D.B.) et conseiller spécial du gouvernement et de la ville d’Anvers pour l’industrie diamantaire.
Par ailleurs, Romi Goldmuntz est aussi connu pour sa philanthropie. En effet, il a financé de nombreux projets artistiques et caritatifs en œuvrant, par exemple, pour les orphelins de guerre et les diamantaires nécessiteux. Enfin, en 1957, il créa une fondation à son nom qui permettra la construction du futur Centre Romi Goldmuntz.

L'objectif de ce centre, selon le souhait de Romi Goldmuntz, était de créer un foyer pour jeunes en plein cœur du quartier juif d’Anvers (rue Nerviersstraat, près de la Belgielei) et ce avec une vision très moderne pour l’époque. En effet, le but premier de cet espace était de faire vivre la culture juive, surtout auprès des jeunes, en n’hésitant pas à suivre une politique d’ouverture à la modernité souvent contraire à l’orthodoxie. Dans les notes de la conception du projet, le centre est décrit en ces termes : “Il est un foyer de culture juive dans toutes ses expressions en même temps qu’un lien permanent avec les foyers ardents de la vie juive moderne et les grands mouvements de la vie spirituelle et sociale dans le monde. Ses adhérents privilégiés seront les jeunes. Les problèmes actuels de la jeunesse : la drogue, la délinquance, le désœuvrement sont loin d’être résolus. Le Centre veut être une tentative de réponse aux aspirations des jeunes qui si elles ne sont pas satisfaites peuvent dégénérer en drames”.

C’est dans cette optique que le Centre Romi Golmuntz sera officiellement inauguré en 1970 (dix ans après le décès de Romi Goldmuntz) comme étant un espace culturel et social pour la communauté juive et, plus largement, la ville d’Anvers. Le centre comportait un restaurant, un bar-café, une salle de fêtes pour accueillir diverses célébrations (galas, défilés, mariages, concerts, etc.), une salle de jeux pour enfants, un théâtre, une bibliothèque, une salle d’exposition et une salle de sport pour karaté, judo, ping-pong, etc.

Dans le sous-sol, se trouvait également une salle qui était notamment utilisée pour fêter les bar/bat-mizvah des adolescents. Ainsi, de nombreux ateliers, cours et autres activités avaient lieu à cet endroit : musique, théâtre, peinture, sculpture, danse, gymnastique, hébreu, guitare, conférence, ciné-club, yoga, etc.

Malheureusement, le centre a cessé ses activités depuis plusieurs années. Il perdure toutefois à travers des archives conservées à l’Institut d’Études du Judaïsme (des cartons d’invitation à divers événements, des brochures, des programmes, de la correspondance, des affiches, des articles, des procès-verbaux de réunions, etc.).


![Carton d’invitation pour une soirée musicale en yiddish et hébreu par l’artiste Jenny Klesser le 6 mai [1970-1985] © IEJ](https://static.wixstatic.com/media/299806_dd24b9bfb2614bc89378fce3645de371~mv2.jpeg/v1/fill/w_980,h_484,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/299806_dd24b9bfb2614bc89378fce3645de371~mv2.jpeg)


Source : Archives de l’Institut d’Études du Judaïsme, Fonds Sylvain Brachfeld, Centre Romi Goldmuntz. Quelques archives ont été également trouvées ailleurs dans les boîtes 4.188 et 4.208.





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