• Angélique Burnotte

Abraham Oungre : un ministre-officiant en pays d’Arlon


Au XIXe siècle, une riche communauté juive se développa à Arlon. Peu importante en nombre, elle

se caractérisera par une forte représentation au sein de la faible population arlonaise. En effet, au

milieu du siècle, avec plus de 100 membres, la communauté représentait 2% de la population de la

commune.


Une des personnalités les plus importantes de cette communauté était, sans conteste, le ministre

officiant Abraham Oungre, qui occupera ce poste à la tête de la communauté de 1867 à 1912, soit

pendant quarante-cinq ans.


Abraham Oungre naquit le 30 juillet 1847 à Hellimer, petit village de la Moselle française. Il vécut

quelques années à Sierck, ville proche de la frontière luxembourgeoise, avant de s’installer à Arlon

pour y exercer ses nouvelles fonctions. Il avait à peine 20 ans.


Les dirigeants de la communauté eurent beaucoup de peine à trouver un ministre-officiant qui puisse

remplir toutes les fonctions liées au culte. Entre 1840 et 1867, les ministres-officiants se succédèrent

à Arlon. En effet, la communauté était trop petite pour avoir les moyens de rémunérer un hazzan, un

instituteur et aussi un shohet. Il fallait donc trouver une personne qualifiée pour exercer toutes ces

tâches qui accepterait un salaire peu important et qui serait accepté par l’ensemble de la

communauté. Le 4 avril 1867, c’est donc un jeune homme qui prit la tête d’une communauté juive en plein essor.


Depuis 1856, une partie du cimetière communal était réservée pour les inhumations des Juifs. Et

surtout, la synagogue avait été inaugurée moins de deux ans plus tôt, le 21 septembre 1865. Bien

intégré dans la ville, il épousa en 1872 Delphine Seligmann, qui lui donna deux fils : Salomon Edouard

et Louis, puis, devenu veuf, il épousa Sophie Strauss en 1884. Il ne quitta Arlon qu’après la mort de sa

deuxième femme, en 1912, et décida de prendre sa retraite et de s’installer auprès de ses fils à Paris, où il décèdera le 29 août 1921.


Tout au long de sa carrière, les quelques 150 membres de la communauté donnèrent beaucoup de

travail au ministre officiant. Il devait assister plusieurs fois par jour aux différents offices célébrés

dans la synagogue, même s’il n’était pas de service. Il était chargé d’enseigner la religion aux enfants,

il donnait des cours à domicile dans la plupart des familles et c’était lui qui enseignait la religion

israélite à l’Athénée Royal d’Arlon quand le nombre d’élèves le permettait. À défaut, des cours de

religion étaient organisés après les heures d’école.


Abraham Oungre était aussi shohet, habilité à abattre les animaux de manière rituelle. Cette fonction

lui permettait de compléter utilement le traitement qu’il recevait de l’Etat en tant que fonctionnaire

du culte, salaire peu élevé puisque la communauté était peu importante en nombre. De plus, la

communauté lui allouait une petite somme sur le budget annuel pour compenser les longs trajets

qu’il devait effectuer plusieurs fois par semaine pour remplir ses fonctions auprès des familles

installées loin de la ville. Dans les années 1880, il demanda l’autorisation d’ouvrir une agence

d’immigration mais cela lui fut refusé par le Consistoire qui pensait que cette activité ne cadrait pas

avec ses fonctions religieuses.


Il semble qu’il a toujours rempli ses fonctions parfaitement et qu’il était apprécié par tous. Par les

autorités religieuses : en 45 ans, le Consistoire central n’a dû lui rappeler ses devoirs qu’une seule

fois, en 1873, quand il avait prolongé un congé et laissé un samedi le service divin en souffrance. Les

autorités civiles l’appréciaient également beaucoup : selon le bourgmestre de la ville, il remplissait

ses fonctions avec zèle et possédait la confiance de tous. Ses coreligionnaires ne furent pas en reste :

lors de son départ en 1912, une cérémonie fut organisée en son honneur à la synagogue en présence

d’un délégué du Consistoire, lequel avait décidé de lui accorder le titre honorifique de sa fonction.



Article publié précédemment dans la Centrale, n° 299, mars 2006, page 14.



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