• Aurélie Collart

Eva Heyman : l’Anne Frank transylvaine. « J’ai vécu si peu », Journal du ghetto d’Oradea

Dernière mise à jour : oct. 22


Nous connaissons tous la tragique histoire d’Anne Frank, jeune juive allemande dont le très célèbre Journal fut rédigé alors qu’elle se cachait dans l’Annexe de l’entreprise de son père, à Amsterdam, afin d’échapper aux déportations. Moins connu, le destin d’Eva Heyman rejoint en de nombreux aspects celui d’Anne. La jeune fille hongroise nous transmet, à travers son Journal intime, commencé lorsqu’elle avait 13 ans, comme Anne, un témoignage poignant de son expérience de la Shoah. Autre ressemblance entre les deux adolescentes : ce sont la mère d’Eva et le père d’Anne, uniques survivants de leur famille qui, au lendemain de la guerre, firent publier les écrits de leur fille.



Eva est née le 13 février 1931 à Oradea (Nagyvárad), en Transylvanie du Nord, dans une famille juive bourgeoise. De parents divorcés dont la mère se fait appeler Ági, elle vit chez ses grands-parents et est élevée par une gouvernante autrichienne, Jutzi, qui avait joué le même rôle auprès de sa mère auparavant et à qui Eva porte beaucoup d’affection.


Dans son Journal, entamé le 13 février 1944, elle relate les quelques mois précédant sa déportation à Auschwitz en juin 1944 : un mélange de propos graves, tournant autour de ses problèmes familiaux, des atrocités commises à l’encontre des siens, de la peur, de la mort, et d’autres, plus enfantins, tirés de son quotidien (relatifs à son anniversaire, ses cours, ses premiers amours…).


Ce témoignage poignant revêt un intérêt historique, car il présente une description, issue de l’expérience personnelle, de l’escalade des mesures antijuives, avec, comme point culminant, l’enfermement des Juifs dans le ghetto. Mais c’est surtout le côté touchant du récit, l’étonnante lucidité et, bien que son monde se dissolve petit à petit, l’envie irrépressible de vivre de la jeune fille qui captive le lecteur.


Histoire et mise en contexte


Afin de mieux comprendre les évènements survenus en Transylvanie, il convient de rappeler les changements survenus dans la région. Revenons donc un peu en arrière, et plus précisément aux lendemains de la Grande Guerre. Nous y sommes. Où ? En Roumanie. En effet, suite à la chute de l’Autriche-Hongrie, la Roumanie voit plus que doubler sa superficie et sa population. Parmi ces territoires nouvellement acquis : la Transylvanie.


En Transylvanie, en 1930, plus de la moitié des Juifs habitent les villes où ils représentent 10% de la population. Les écoles hongroises leur ayant été ouvertes lors de leur émancipation en 1867, la plupart de ces Juifs se sont fortement magyarisés. Une grande partie d’entre eux emploie dès lors le hongrois comme langue usuelle. Bien que la Transylvanie appartienne dorénavant à la Grande Roumanie, le hongrois reste bien souvent la langue utilisée. C’est le cas dans la famille d’Eva.


Par un bond dans le temps, retrouvons-nous à présent dans les années 1940 – 1944. Du fait du démembrement de la Grande Roumanie, conséquence des revendications territoriales de l’URSS, de la Hongrie et de la Bulgarie, la condition des Juifs, durant la Seconde Guerre mondiale, diffère très fortement en fonction des provinces dans lesquelles ils ont élu domicile.


Déterminant pour l’évolution des mesures antijuives en Roumanie et en Hongrie, le diktat de Vienne du 30 août 1940 transfère la Transylvanie du Nord à la Hongrie. Dans le premier pays, les massacres commencent très tôt, dès l’été 1940, et se poursuivent jusqu’à l’automne 1942, alors qu’un changement politique radical a lieu et que les déportations prennent fin. Les 290.000 Juifs ayant échappé à la mort dans les camps sont cependant toujours « astreints aux travaux forcés, chassés des emplois et des écoles, spoliés et affamés ». Au total, on estime qu’entre 280.000 et 380.000 Juifs ont péri dans ces territoires.


Le cas de la Hongrie est très différent. Là-bas, jusqu’à l’occupation par l’Allemagne, le 19 mars 1944, la grande majorité des Juifs a survécu. On compte environs 825.000 réchappés à la Solution finale. 63.000 ont toutefois subi un sort plus funeste : 42.000 militaires sont morts dans les compagnies de travail ou au front, 20.000 « Juifs étrangers » ont été déportés en 1941 et massacrés, et 1000 autres tués en 1942 dans la Bácska (actuelle Voïvodine).


Cependant, lors de l’arrivée des Allemands, le gouvernement hongrois collabore avec les Allemands à l’exécution expresse de la Solution finale. Les Juifs sont parqués dans les ghettos puis entassés dans des wagons à bestiaux et déportés dans les camps de la mort en Pologne. On dénombre 564.507 morts sur le territoire hongrois.


Pendant toute la période de la guerre, le rapprochement entre Horthy et Hitler pousse le gouvernement de Budapest à renforcer les mesures antijuives. En 1938, la première loi antijuive limite à 20% le nombre de Juifs dans certains domaines (domaine médical, du droit, entreprises commerciales, industrielles ou financières). Un an plus tard, la deuxième loi antijuive définit les Juifs « racialement » et réduit à 6% leur nombre dans les entreprises. La troisième loi antijuive est promulguée en 1941, déclarant comme juive toute personne dont deux des grands-parents sont nés juifs, et tous ceux appartenant à une communauté religieuse juive, quelle que soit leur origine. Elle interdit le mariage et les relations sexuelles entre Juifs et non-Juifs. Comme si cela ne suffisait pas, de nombreuses autres mesures contre les Juifs viennent encore s’ajouter.


L’automne 1940 voit l’arrivée de Horthy au pouvoir. Aussitôt, les marchands juifs se voient contraints de « libérer » les principales rues commerçantes et de déplacer leur lieu de travail vers des lieux plus éloignés du centre. Très vite, on en vient même à leur interdire d’exercer leur profession. C’est ainsi que la pharmacie du grand-père d’Eva lui est confisquée (puis restituée temporairement suite à un versement d’argent).

Après l’entrée en guerre de la Hongrie contre l’Union soviétique, en juin 1941, les juifs apatrides sont déportés et tués en Pologne, sous le couvert d’une politique visant à les transférer dans les territoires « libérés ». C’est le triste destin que connait Márta, la meilleure amie d’Eva, et sa famille. La jeune auteure sort profondément affectée de cette tragédie. Un passage particulièrement touchant de son Journal reflète bien ce traumatisme : « Aujourd’hui, écrit-elle, Ági a une fois de plus téléphoné à Budapest. Elle dit que les Allemands ont déjà arrêté tous ses amis et qu’ils exécutent tout le monde, même les enfants. Mon petit Journal, jusqu’à maintenant, je ne voulais pas t’en parler, je gardais ça au fond de moi, mais, depuis que les Allemands sont là, je pense sans arrêt à Márta. Elle aussi était une enfant et les Allemands l’ont tout de même tuée. Moi je ne veux pas qu’ils me tuent ! Je veux devenir photoreporter et, à vingt et un ans, j’épouserai un Anglais aryen, ou peut-être Pista Vadas. Depuis que les Allemands sont arrivés, je ne l’ai plus revu et je n’ai même pas pensé à lui, car le 19 mars a fait de notre vie un cauchemar. Pourtant je ferais mieux de penser à lui qu’à Márta. Ça m’est bien égal, maintenant, de savoir s’il a ou non acheté un bretzel à Vera Péter quand ils étaient ensemble au cinéma. »


En 1942, la répression s’intensifie encore par l’obligation du travail forcé imposée aux Juifs sous le prétexte de servir l’armée. Le beau-père d’Eva, Béla Zsolt, connaît l’enfer de ces camps : mauvais traitements, travail exténuant, fusillades...


Autre date cruciale : le 19 mars 1944, jour d’entrée des troupes allemandes en Hongrie. Une cascade de lois déferlent alors à l’encontre des Juifs, venant encore alimenter le tourbillon infernal des mesures antijuives, aspirant toujours plus les ressources économiques de ces derniers, leur liberté, leur dignité. A titre d’exemples, l’expulsion des Juifs des services publics et l’interdiction d’exercer la profession d’avocat, l’étoile jaune imposée à tous les Juifs, l’expulsion des plus nantis de leur domicile, la perquisition des maisons et la saisie des objets de valeur. Au travers des yeux d’Eva, le lecteur assiste à la dégradation de la situation des Juifs à Oradea : « Grand-mère dit que, dans la rue, les Aryens la saluent à peine ou détournent la tête. Il y a un nouveau gouvernement. Le premier ministre s’appelle maintenant Sztójay. » La jeune fille, à travers ses écrits, s’indigne que les Allemands viennent, chaque jour, s’approprier de nouveaux biens : des draps, la machine à écrire, sa bicyclette, puis tous les appareils (machine à coudre, radio, téléphone, aspirateur, grille-pain, appareil photo,…), l’argenterie, les tapis, tableaux et miroirs, etc.


La date du 6 avril 1944 marque le début des arrestations massives. Le père d’Eva est fait prisonnier trois jours plus tard et détenu dans une école. Le 15 avril, c’est au tour de Mariska, la cuisinière, de quitter la famille, car il est désormais défendu aux Juifs d’employer des « aryens » dans leur maison. « C’est bien assez de chagrin pour une petite fille de treize ans qu’on lui prenne son papa et sa bicyclette » constate Eva, avec amertume, à ce propos.



Du ghetto à la Solution finale…


Le 3 mai 1944, la décision tombe, à l’apogée des mesures antijuives : l’enfermement des Juifs d’Oradea dans un ghetto. Un tiers de la population de la ville est juive. « Parqués comme des bêtes », comme l’écrit Eva, 27.215 personnes (dont plus de 8000 provinciaux) sont entassées, en à peine quelques jours, dans des maisons aux fenêtres condamnées par des planches en bois. A 14 ou 15 par pièce, les plus chanceux dorment sur des matelas. Les autres couchent à même le sol ou pire, dans les jardins et dans la rue, faute de place dans les logements. Les conditions d’hygiène sont déplorables. L’accumulation d’ordures et la boue, liées aux fréquentes coupures électriques et d’eau, appellent la vermine. Il fait chaud le jour et froid la nuit, mais les vêtements manquent. Les médecins qui s’y trouvent ne possèdent ni matériel, ni médicaments. Et puis, il y a la faim…


Le ghetto d’Oradea est le plus grand de Hongrie, après celui de Budapest. On y enferme jusqu’aux malades que l’on arrache du sanatorium des tuberculeux.


Dès leur arrivée au ghetto, les gendarmes enlèvent aux détenus la nourriture, les cigarettes, le bois et le peu d’argent qu’on leur avait laissé emporter. Selon Eva, l’endroit s’apparente plus à un camp. A l’exception de ceux qui possèdent une autorisation (docteurs, pharmaciens…), les gens sont confinés dans leur logement. Eva constate avec effroi : « En fait, tout est interdit, mais le plus terrible c’est qu’il n’y a qu’une seule peine : la mort. En cas de faute, peu importe sa gravité, nous ne sommes ni envoyés au coin, ni battus, ni privés de nourriture ou obligés de recopier cent fois des verbes irréguliers comme à l’école, rien de tout ça, rien de rien ! Une seule et unique punition : la mort. »


Après quelques temps, tous les hommes excepté ceux remplissant un rôle dans le ghetto doivent le quitter pour aller travailler pendant la journée (« ouvrir les logements juifs sous scellés, empiler les meubles sur des chariots pour les transporter à la gare… »).


Les internés subissent ensuite des interrogatoires. Ils sont battus, torturés… dans le but de les contraindre à révéler chez quels « aryens » ils ont pu laisser certains de leurs biens (argent, bijoux…) : « Mon petit Journal, Ági a aussi raconté ce qu’ils faisaient aux femmes, mais ça, je le garderai pour moi. Je ne peux simplement pas l’écrire, même si, jusqu’à maintenant, je n’ai jamais eu aucun secret pour toi. » Afin d’échapper à ces conditions inhumaines, beaucoup optent pour le suicide.


Contrairement à la Roumanie, où la population s’implique dans le sauvetage des Juifs de Transylvanie du Nord et de Hongrie en les aidant à passer les frontières roumaines, en Hongrie, la population magyare se distingue par sa passivité face aux mauvais traitements subis par les Juifs, bien que ces derniers parlent la même langue.

Le 27 mai 1944, la déportation est annoncée pour les habitants du ghetto d’Oradea. Si d’aucuns espèrent être envoyés au travail forcé dans les champs de la Hongrie profonde, d’autres ont compris qu’il devaient s’attendre à ce qu’on leur ait réservé un sort bien plus funeste.


Il est décidé que le ghetto serait vidé secteur par secteur. Le « petit Journal » d’Eva se termine le 30 mai 1944, dans l’attente de la déportation. Parmi les dernières lignes, une troublante confession : « Moi je ne sais pas ce que tout ça va donner, je pense seulement à Márta. Même si tout le monde dit que nous n’irons pas en Pologne mais près du lac Balaton, j’ai peur qu’il nous arrive la même chose qu’à elle. Mais je ne veux pas mourir, mon petit Journal ! Je veux vivre même si je dois être la seule à rester ici ! Je me cacherai dans une cave, un grenier ou n’importe quel trou jusqu’à la fin de la guerre. Je me laisserai même embrasser par le gendarme qui louche, celui qui nous a pris la farine, pourvu qu’il ne me tue pas, qu’il me laisse vivre ! »


Cette furieuse envie de vivre ne parviendra cependant pas à vaincre la haine de ses bourreaux. Eva est acheminée à Auschwitz et gazée le 17 octobre 1944, sur décision du tortionnaire nazi, le médecin Mengele, ayant remarqué des plaies sur ses jambes, symptômes de la gale.


La mère d’Eva réussit à s’enfuir du ghetto et à échapper au camp d’extermination avec son mari, le beau-père d’Eva. Mais elle met fin à ses jours peu de temps après la publication des écrits de sa fille. Un acte de désespoir d’une mère rongée par les remords pour n’avoir pu sauver son enfant ? D’aucuns prétendent qu’Ági aurait supprimé du Journal les accusations de sa fille à son encontre, dévoilant le sentiment d’Eva que sa mère l’a abandonnée. Les défenseurs de cette hypothèse se basent sur le fait que le Journal, retrouvé trois ans plus tôt, n’est publié qu’en 1948 et que le manuscrit est aussitôt perdu.


« Je ne veux pas mourir, j’ai vécu si peu ! »


A son Journal, Eva confie ses joies, ses peines, ses espoirs et ses angoisses, ceux d’une adulte en devenir, confrontée à la dure réalité de la guerre, mais dont la plume traduit encore des réflexions d’enfant et des réponses souvent teintées de naïveté et d’innocence. Ce passage, tiré des premières pages, est particulièrement révélateur de son insouciance : « Mon anniversaire est passé. Il y a eu du thé avec des sandwichs et de la Sachertorte. Avant, on servait toujours du chocolat et de la chantilly accompagnés de brioches, mais aujourd’hui on manque de lait à cause de la guerre et puis le thé convient mieux à de grandes filles. »


De nombreuses anecdotes émaillent les pages et témoignent de la perte progressive de l’ingénuité caractéristique du début de ses confessions. Le spectacle des difficultés rencontrées par les membres de sa famille et de leur souffrance n’y est assurément pas étranger. Ainsi, un jour, Eva aperçoit l’amiral Miklós Horthy remonter la rue de la pharmacie de son grand-père et lui fait signe par la fenêtre. Elle s’étonne de la colère soudaine de sa mère mais comprend vite sa réaction lorsqu’elle apprend que Horthy a commandé au vitéz [1] Szépesváry de confisquer la pharmacie de son grand-père et que sa grand-mère lui avoue qu’ils ont dû payer les autorités pour conserver le magasin.


L’influence de ses proches s’exprime continuellement à travers ses écrits : un grand nombre de leurs propos sont retranscrits, dont Eva se sert pour se forger sa propre opinion et affiner son jugement : « Oncle Béla a dit que jamais un Poposcu ou un Ionescu n’aurait agi comme ce vitéz hongrois. Grand-mère a répliqué qu’elle détestait tout de même les Roumains. Ági et grand-père les aiment bien, mais ils ne le disent jamais devant elle, car ils ont trop peur de sa réaction. » Quant à l’expulsion des Roumains de Hongrie, elle affirme : « J’ai demandé à oncle Béla ce qu’il en pensait. Il m’a répondu qu’il ne fallait jamais généraliser, que c’était justement ça la tragédie des Juifs. Par exemple, si Emil Adorjan, l’homme le plus riche d’Oradea, amasse beaucoup d’argent, les Aryens me haïront aussi car, même si je n’ai pas un sou d’économie, je suis juive comme lui. »


Son intelligence, un certain esprit critique et, à l’évidence, l’influence des idées reçues de son temps se manifestent à divers égards, par exemple par la distance qu’elle prend par moments par rapport aux idées des membres de sa famille : « Grand-père dit que, quand je me marierai, ça n’aura plus aucune importance que mon mari soit juif ou aryen. Il pense même que, d’ici là, on ne saura plus ce que le mot aryen veut dire. Moi je ne suis pas de cet avis. Ce sera toujours bien d’être aryen. » Elle s’interroge sans cesse et se remet en question, notamment par rapport à sa jalousie (de ne pas recevoir de cadeau alors que sa mère, elle, en reçoit, de ne pas voir ses parents aussi souvent que ses amis…).


Elle transmet en réalité la lutte entre espoir et désespoir, optimisme et pessimisme, à laquelle se livrent tous les membres de sa famille et semble assez psychologue lorsqu’il s’agit de comprendre ses proches : « Grand-mère est seulement satisfaite quand tout le monde se chamaille pendant qu’elle reste en bons termes avec chacun. »


Bien qu’elle raconte surtout les malheurs les affligeant elle et sa famille, ses écrits respirent tout de même l’espoir et l’optimisme : « Hier, je t’ai un peu feuilleté et je me suis mise à te plaindre. Je n’ai presque rien écrit qui te donnerait des raisons de te réjouir. Pourtant, j’ai aussi des joies. Aujourd’hui, par exemple, je suis très heureuse car nous sommes tous réunis. »


Mais, à mesure que le temps avance, cette confiance s’ébranle et l’on ressent de plus en plus d’inquiétude dans le Journal d’Eva, surtout à partir du 19 mars 1944, moment où les Allemands occupent la Hongrie. L’envie d’écrire lui manque à force de vivre dans la terreur. A la date du 18 mars 1944, elle note déjà : « A Budapest, il y a tout le temps des alertes aériennes. Mon petit Journal, j’ai tellement peur qu’il y en ait bientôt ici. Je n’arrive presque plus à écrire. Je n’arrête pas de penser à ce qui arriverait si Oradea était bombardé. Je veux vivre, vivre à tout prix ! »


Une seule fois, dans le texte, elle fait référence à Dieu. Un appel à l’aide bouleversant qui parle de lui-même : « Mon Dieu, je t’en supplie, ne nous laisse pas mourir et fais que Juszti revienne à la maison ! Je veux vivre ! Dis-moi que c’était seulement un hasard. Que tu ne faisais pas bien attention quand ils ont tué Márta. Mais maintenant, s’il te plaît, fais bien attention à nous ! »


A titre de conclusion, je ne vois pas meilleure fin que celle clôturant la préface, signée Carol Iancu, de la traduction française du Journal d’Eva : « Elle, qui aimait tellement la vie, nous a laissé cependant un cadeau sans prix : son Journal, qui revêt une force testamentaire exceptionnelle, un cri qui exprime les valeurs de partage et de fraternité universelles, un cri qui appelle à la prudence et à la vigilance. »



[1] Titre honorifique attribué, sous le régime de l’amiral Horthy, pour services rendus à la patrie, le plus souvent au combat, vitéz signifiant « brave » ou « preux ».



Article publié précédemment dans la Centrale n° 330, décembre 2013.



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