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Belgium WWII: une encyclopédie virtuelle pour comprendre la Seconde Guerre mondiale

Rédigé par Alejandra Mejía Cardona, chercheuse à l'Institut d'Etudes du Judaïsme.


Le CegeSoma (Centre d’Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines) a lancé, en septembre dernier,* l’encyclopédie virtuelle Belgium WWII. Cette plateforme rend accessible à un large public des archives de l’Etat concernant la Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre.


La famille de Paul Struye, avocat à la Cour de cassation pendant l'Occupation, rassemblée autour du poste de radio (c) CegeSoma.

« Bien cher Saint-Nicolas, je sais bien que c’est la guerre mais je vous écris tout de même. Je ne vous demande pas de jouets (…) je vous demande encore un plus grand service. C’est que vous me rameniez Camille ».1 « Vous comprenez l’allemand? »,

« non». Toute une série de questions embarrassantes me sont posées: signalement, boîte et moyen d’arrêter mon principal collaborateur, explication de la liste des aviateurs avec adresses chiffrées, détails concernant les papiers trouvés sur moi.

« Défense de parler ». Coups de poings se succèdent. On répète à nouveau toutes les questions. Voulez-vous parler? » je reste muet ».2  «Second journal de guerre. En vingt-cinq ans, c’est beaucoup ».3

Voilà le genre de témoignages de première main disponibles sur l’encyclopédie virtuelle Belgium WWII. La page d’accueil est épurée, moderne et surtout très prometteuse. Toutefois, elle représente un problème considérable pour les internautes désireux de s’instruire davantage: une fois que l’on s’aventure dans l’exploration des différentes rubriques, il est impossible de s’arrêter. En effet, la présentation ludique, la variété des ressources et la qualité du contenu, font de cette plateforme virtuelle un site incontournable pour la recherche sur la Seconde Guerre mondiale. Enseignants, étudiants, journalistes et chercheurs débutants trouveront leur compte dans chacune des thématiques traitées.

Toujours en cours de développement, le site Belgium WWII  a été mis en ligne le 28 septembre dernier (2017) par le CegeSoma, le centre d’expertise belge voué à la recherche et à la sauvegarde d’archives datant de la Seconde Guerre mondiale. Le projet a été financé par la Politique scientifique fédérale afin d’offrir à un large public un regard critique et une approche immersive au sujet des événements qui ont marqué la Belgique pendant et après le conflit. Le dossier pédagogique, les photos, les capsules audiovisuelles, les animations et les expositions virtuelles s’accompagnent d’articles concis, disponibles en français, en néerlandais et partiellement en allemand. Ceci dans le but de « faire dialoguer les cultures mémorielles des trois communautés autour de la Seconde Guerre mondiale». Par ailleurs, l’ensemble du contenu a été rédigé par un comité scientifique qui fournit une mise en perspective des sujets sensibles, tels la collaboration, la répression, la violence et l’épuration d’après-guerre. 

Des mémoires antagonistes

Septante années plus tard, l’histoire de la Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre recèle encore des zones d’ombre qui peuvent paraître insurmontables pour un public non spécialisé. Or, la compréhension de cette période est d’autant plus indispensable que  la Belgique contemporaine reste jalonnée par les mêmes clivages politiques et communautaires qui ont, quelquesfois, atteint leur paroxysme au cours de ce conflit planétaire. Cette mémoire collective fragmentée demeure aujourd’hui un terrain favorable à la persistance de mythes, de stéréotypes, voire de malentendus, qui mettent un voile sur une histoire bien plus complexe.

« Dès 1944-1945, des mémoires antagonistes vont s’affirmer. Le mouvement flamand, largement discrédité par la guerre, va continuer de se complaire dans une mémoire de victime. Ce n’est pas tant l’engagement dans la collaboration qui est mis en exergue que la politique de répression perçue comme anti-flamande et excessive », explique sur le site Chantal Kesteloot, responsable de l’histoire publique au CegeSoma. « Du côté francophone, on va valoriser un engagement résistant, occultant la réalité et l’importance de la collaboration ». 


(c) CegeSoma.

L’encyclopédie Belgium WWII porte de ce fait un éclairage sur deux thématiques fondamentales: la collaboration et la justice. Qui étaient les collaborateurs et pourquoi ont-ils aidé les Allemands? Quel a été le rôle des femmes dans le soutien à l’ennemi? La collaboration était-elle, comme certains le croient, un phénomène exclusivement flamand? Qu’était la « politique du moindre mal »? Qu’en est-il de la collaboration économique et administrative? Dans le deuxième volet, on peut également se pencher sur le travail des magistrats, pris en tenaille entre l’obéissance à l’ennemi, le maintien de l’autonomie de la Justice et la protection des concitoyens. Ont-ils contribué au fonctionnement de l’appareil judiciaire allemand? Comment distinguaient-ils les meurtres de droit commun et les assassinats politiques? Ou encore, les règlements de compte et les actes de résistance? Dans le même ordre d’idées, quel sort réservaient-ils aux résistants qui ont commis des attentats contre des collaborateurs? 

Enfin, ces controverses sociétales et institutionnelles sont également illustrées sous le prisme  individuel des  « destins de guerre ». Dans cette rubrique, des lettres, des photos et des archives familiales accompagnent le récit des protagonistes de la Seconde Guerre mondiale, qu’ils soient musiciens, avocats, étudiants en médecine, membres des kerlinnekes,4 footballeurs, peintres, ouvriers du bâtiment, fermiers, ou boulangers. Certains ont suivi les chantiers battus par leur entourage ou leur éducation, d’autres ont choisi le danger et la révolte. C’est pourquoi l’appréhension de ces destins enchevêtrés dans un contexte trouble contribue à briser toute vision manichéenne et simpliste de l’Histoire.

*En septembre 2017.


1. Jeanne-Marie François demande à Saint-Nicholas le retour de son grand frère, déporté en Allemagne, 6 décembre 1943, archives familiales.

2.Témoignage écrit d’Henri Malfait, résistant arrêté par la Gestapo,1945, archives familiales.

3.Paul Struye, avocat à la cour de cassation pendant l’Occupation, ministre de la justice après la guerre. Il entame son deuxième journal de guerre le 10 mai 1940.

4.Mouvement de jeunesse du Vlaams Nationaal Vrouwenverbond (VNVV). Belgium WWII, le projet (www.belgiumwwii.be).


Première publication dans La Centrale (n°347, mars 2018).


Sources: 


Belgium WWII (www.belgiumwwii.be); CegeSoma, Centre d’Etudes et Documentation Guerre et Sociétés contemporaines (www.cegesoma.be); Science Connection, magazine de la Politique Scientifique Fédérale, n°55, novembre-décembre 2017, janvier 2018.


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