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  • Photo du rédacteurAurélie Collart

Wernher von Braun, l'inventeur de la fusée V2 : un nazi devenu chef de la Nasa


Eminent scientifique dont l’histoire extraordinaire scandalise le sens commun, Wernher von Braun fut à la fois décoré par le régime nazi pour la conception de la tristement célèbre fusée V2 et par le Gouvernement américain pour services rendus à l’Amérique. Son histoire rejoint celle de nombreux autres grands scientifiques allemands ayant fui l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale.


Wernher von Braun (image libre de droits)

Depuis son plus jeune âge, von Braun est passionné par l’espace et l’aéronautique. A 12 ans, il est embarqué au poste de police après avoir provoqué un incident à cause d’une voiture miniature à laquelle il avait attaché des feux d’artifice. En 1930, à 18 ans à peine, il met déjà au point des petites fusées. Diplômé ingénieur en mécanique, il obtient un financement de l’armée allemande pour un doctorat sur les systèmes de propulsion des fusées. Cette nouvelle technologie intéresse l’armée dans la mesure où elle permettrait de contourner le traité de Versailles signé après la défaite de l’Allemagne en 1918 qui lui interdisait de disposer d’une aviation de combat (les fusées n’y étant pas mentionnées). Lorsqu’il termine sa thèse en 1934, il est recruté par le régime nazi. Il adhère en 1937 au parti d’Hitler afin d’obtenir davantage de fonds pour sa recherche et met au point une fusée révolutionnaire : Aggregat 4, renommée, pour un usage militaire, Vergeltungswaffe 2 (arme de représailles) ou V2, le tout premier missile balistique de l’histoire. Il est félicité personnellement par Adolf Hitler et Heinrich Himmler pour cet exploit et reçoit le grade de major dans la SS. La vitesse de propulsion des V2 est telle - 4000 km/h - une vitesse bien supérieure à celle du son - qu’elles sont impossibles à neutraliser et à anticiper afin de mettre les civils à l’abri car on ne l’entend pas arriver. A la fin de la guerre, la fusée V2 est remplie d’explosifs et devient une véritable arme de terreur et de propagande pour le régime nazi en perdition. Hitler ordonne une production massive de l’engin mortel. Wernher von Braun dirige le programme qui causera des milliers de morts parmi les déportés du camp de Dora-Mittelbau - une annexe du camp de concentration de Buchenwald -, réduits en esclavage et travaillant dans des conditions extrêment crelles, des conditions à tel point inhumaines qu’elles causeront plus de victimes que les missiles eux-mêmes. En réalité, le V2, dont la production n’est pas rentable pour le régime nazi exangue et dont la précision reste limitée, se révelera plus utile pour remonter le moral des troupes allemandes avides d’espoir et répandre un vent de terreur auprès des Alliés que pour donner un nouveau tournant à la guerre.


Un missile V2 (image libre de droits)

Lorsqu’il répondra, bien plus tard, en 1960, à l’interview d’un journaliste américain, von Braun évoquera son invention sanguinaire en ces termes : “En ce qui concerne les V2, ces projectiles étaient le sommet de la technique des fusées militaires avant et durant la guerre 39-45. Et je confesse que je ne ressentais que peu de scrupules à donner un maximum de développement et de puissance aux V2, bien que l’on dût s’en servir contre des villes ouvertes, car leur effet était le même que celui des bombardements alliés contre les villes allemandes. C’était, en somme, un prêté pour un rendu. J'estimais, à l’époque, qu’en tant qu’Allemand, mon devoir était d’aider l’Allemagne à gagner la guerre et cela avait peu de chose à voir avec le fait que j’étais ou non pour le gouvernement nazi, ce que je n’étais pas. Il fallait être loyal envers ma patrie.”


Vers la fin de l’année 1944, von Braun est incarcéré pour avoir fait allusion à la défaite de l’Allemagne nazie auprès de ses collaborateurs et évoqué l’adaptation possible de ses recherches sur les fusées à des applications civiles, notamment à la conquête de l’espace. Grâce à l’influence du ministre de l’armement, Albert Speer, il ne reste toutefois emprisonné que deux semaines. Il disparaît ensuite de la circulation et, en mai 1945, il se rend aux Américains avec près de cent de ses collègues. Cependant, alors qu’il aurait dû être considéré comme un criminel de guerre, un tout autre destin l’attend.


En effet, alors qu’une éventuelle guerre avec l’Union soviétique effleure déjà les esprits américains, en juillet 1945, la Maison blanche lance une opération secrète dans le but d’accaparer l’élite scientifique allemande et de prendre de l’avance sur l’URSS en termes de technologie. A travers l’opération Paperclip, les Américains choisissent de pactiser avec le diable plutôt que de le voir se rallier aux Russes. C’est ainsi que Wernher von Braun, à l’image de nombreux autres scientifiques nazis, est placé au service de l’armée américaine. En septembre 1945, il pose les pieds sur le sol américain et est placé sous surveillance permanente. Cette période est cependant de courte durée puisqu’il est rapidement affecté à Fort Bliss, au Texas, où il se met à travailler sur des missiles destinés à frapper l’Union soviétique.

Dans le contexte de la Guerre froide où s’opposent l’Ouest capitaliste et les communistes de l’Est, chaque bloc tente d’élaborer les armes les plus dévastatrices et à la plus longue portée possible. Les Américains misent sur Wernher von Braun pour atteindre cet objectif. A partir des années 1950, ils lui confient plus de responsabilités. Peu après, il met au point Redstone, le premier missile guidé de l’armée des Etats-Unis, largement inspiré de son V2. Mais l’ingénieur aérospatial a d’autres ambitions : il rêve d’exploration spatiale et de fouler le sol de Mars. Le premier pas pour réaliser ses aspirations est la mise en orbite d’un satellite artificiel. Cependant le président Eisenhower décide de charger la Marine de cette mission. Une erreur pour les Américains puisque le 4 octobre 1957, le premier satellite artificiel, Spoutnik, est lancé autour de la Terre par les Russes. Cela représente une avancée fulgurante dans la course à l’armement dès lors que l’URSS est désormais capable d’emmener une bombe dans l’espace. Le 6 décembre de la même année, les Américains tentent à leur tour de mettre en orbite un satellite mais c’est un échec total et la honte pour les Etats-Unis : peu après l’allumage, la fusée retombe, causant une effroyable explosion. Dans les médias américains, on évoque, de manière ironique, le crash de Flopnik, Kaputnik ou, encore, Stayputnik. Entretemps, les Russes avaient déjà envoyé le premier animal dans l’espace, la célèbre chienne Laïka, le 3 novembre, sur Spoutnik 2, prouvant ainsi qu’un être vivant pouvait survivre à la mise en orbite, bien que la chienne soit morte quelques heures plus tard des causes probables du stress ou d’un dysfonctionnement responsable de la surchauffe de l’engin.


Au début de l’année 1958, Wernher von Braun sauve la face de l’Amérique en envoyant le premier satellite américain en orbite, et ce en modifiant un missile Redstone. Grâce à cette performance, il devient célèbre et obtient le poste de directeur du centre de vol spatial Marshall de la NASA, la toute nouvelle agence spatiale civile créée par le Gouvernement américain le 29 juillet 1958. Il devient ainsi chargé de la mise au point d’une grande partie des fusées des Etats-Unis.


La fusée Saturne 5, prête au lancement, le 16 juillet 1969 (image libre de droits)

Les Russes continuent cependant de mener la course vers l’espace en envoyant le premier homme dans l’espace, Yuri Gagarin, le 12 avril 1961. John F. Kennedy, qui vient d’accéder à la tête des Etats-Unis et désire voir se retourner la balance annonce, le 12 septembre 1962, son ambition d’envoyer un homme sur la lune avant la fin des années 60. Le programme est intitulé Apollon. Von Braun jouera un rôle important dans cette mission puisqu’il sera choisi pour développer le lanceur de la fusée visant la lune. Saturne 5, issue de plusieurs années de dur labeur et d’investissements colossaux, décolle pour la première fois en 1967. Après deux années de loyaux services, le 16 juillet 1969, elle traverse l’atmosphère avec, à son bord, trois pilotes américains. Deux jours après, devant les écrans du monde entier, Neil Amstrong déclare solennellement : “Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité.” Ce jour-là, les Etats-Unis surpassent largement leur adversaire russe et mettent fin à la course vertigineuse et acharnée de la conquête de l’espace.


Pour sa détermination et son savoir, lesquels ont permis à Kennedy de respecter sa promesse d’envoyer un homme sur la lune avant les années septante, en 1970, Wernher von Braun est nommé directeur adjoint de la NASA pendant 2 ans. Le destin de Wernher von Braun rejoint celui de nombreuses éminences grises issues des rangs allemands dont la majorité se sont rendus soit aux Etats-Unis, soit à l’URSS, lesquels n’ont souvent même pas pris la peine de les juger pour leurs crimes. Si la contribution de von Braun à la science et à l’histoire ne peut être contestée, son passé nazi n’a jamais cessé de le poursuivre. Il fut et restera un personnage largement controversé tant dans le domaine scientifique qu’au sein du grand public.



Pour plus d’information, voir l’émission de Mamytwink, L’ancien NAZi devenu chef à la NASA - HDG #5, 28 novembre 2017, https://www.youtube.com/watch?v=6euVaMeJ-y4 et

La minute de vérité de Wernher von Braun, Cinq colonnes à la une, 2 septembre 1960, https://www.ina.fr/video/CAF92005160.



Article publié précédemment dans La Centrale, n°361, août 2021, pp. 12-15.


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