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L’historicité de Jésus : le Testimonium Flavianum

Rédigé par Angélique Burnotte, licenciée en histoire (ULg), chercheuse et assistante de direction à l'Institut d'Etudes du Judaïsme.


« À cette époque vivait un sage nommé Jésus. Sa conduite était bonne et il était renommé pour sa vertu. Nombreux furent ceux qui, parmi les Juifs, et les autres nations, devinrent ses disciples. Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. » Ce passage, écrit à la fin du Ier siècle par Flavius Josèphe dans ses Antiquités Juives, est le plus ancien témoignage de l’existence de Jésus.


Buste dit de Flavius Josèphe.

Considéré comme traître par les Juifs, après la chute de Jérusalem, il s’installe à Rome où il obtient la citoyenneté. En hommage à la famille impériale qui l’adopte, celle des Flaviens, il prend le nom de Flavius Josèphe et commence à écrire ses ouvrages historiques tels que La Guerre des Juifs qui retrace le soulèvement de la Judée contre les Romains, son Autobiographie, ou encore les Antiquités judaïques qui a pour but d’expliquer le judaïsme et l’histoire juive aux Romains, de la Création du monde jusqu’à à son époque.

C’est dans cette œuvre, écrite dans les années 90, qu’on peut trouver, dans le livre XVIII, aux paragraphes 63 et 64, un passage connu sous le nom de Testimonium Flavianum, le « Témoignage flavien». Il existe de nombreuses traductions de ce texte dont certaines posent question.



Voici une version du passage en question : « Vers le même temps vint Jésus, homme sage, si toutefois il faut l'appeler un homme. Car il était un faiseur de miracles et le maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. Et il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. C'était le Messie. Et lorsque sur la dénonciation de nos premiers citoyens, Pilate l'eut condamné à la crucifixion, ceux qui l'avaient d'abord chéri ne cessèrent pas de le faire, car il leur apparut trois jours après ressuscité, alors que les prophètes divins avaient annoncé cela et mille autres merveilles à son sujet. Et le groupe appelé d'après lui celui des Chrétiens n'a pas encore disparu. » 1


Il est peu probable que Josèphe, Juif religieux, ait cru que Jésus n’ait pas été un homme, qu’il ait pensé qu’il était le Messie et qu’il ait écrit qu’il a ressuscité. Origène, théologien et Père de l’Eglise du IIIe siècle a probablement eu accès au texte original puisque, dans son Contre Celse, il regrette que Josèphe « ne reconnaisse pas Jésus pour le Christ. » 2


Flavius Josèphe a écrit son livre en grec. Il sera ensuite traduit à de nombreuses reprises, en diverses langues. La version du texte ci-dessus sera transmise par des traducteurs chrétiens qui souhaiteront prouver l’existence de Jésus et apporteront donc des « améliorations » au texte pour augmenter la reconnaissance de la divinité de Jésus. C’est Eusèbe de Césarée, évêque de Césarée en Palestine, reconnu comme un des Pères de l’Eglise, qui sera le premier, dès le IVe siècle, à citer le passage « amélioré ». Et c’est cette version qui a traversé les siècles dans le monde chrétien.


Le doute quant à la véracité du texte écrit au Ier siècle existe depuis le XVe siècle, avec Lorenzo Valla, humaniste italien connu pour avoir démontré que plusieurs textes antiques étaient des contrefaçons, puis avec Voltaire et les encyclopédistes, au XVIIIe siècle. Au XXe siècle, le doute est ravivé par la redécouverte par le professeur Shmolo Pines d’une traduction arabe du Testimonium de Flavius Josèphe qui date du Xe siècle et figurant dans l’Histoire Universelle de l’évêque Agapius. Celui-ci traduit ainsi le passage : « A cette époque survient Jésus, un homme sage, car c’était un faiseur d’oeuvres prodigieuses. Beaucoup de juifs et d’autres Nations devinrent ses disciples. Lorsque, sur la dénonciation de nos notables, Pilate l’eut condamné à la croix, ceux qui l’avaient aimé au début ne cessèrent pas de le faire. Ils racontèrent qu’il leur apparut ressuscité le troisième jour. Il était peut-être le Messie dont les prophètes avaient annoncé des merveilles. » Bien qu’Agapius ait été chrétien, évêque de Menbidj en Syrie, cette version arrivée jusqu’à lui via des textes arabes et non chrétiens, est probablement plus proche du texte original que le Testimonium classique. En effet, ce passage est plus neutre vis-à-vis de la messianité de Jésus et n’affirme pas qu’il est le Messie et qu’il n’est pas un homme. Reste que, quelle que soit la version parvenue jusqu’à nous du texte écrit par Flavius Josèphe, elle atteste de l’historicité de Jésus de Nazareth, « un homme sage (…) appelé le Christ (…) [et suivi] par de nombreux disciples. » L’intérêt de ce témoignage est qu’il est quasiment contemporain de Jésus. Le père de Josèphe, le Cohen Matthias ben Joseph, était né en l’an 3. Membre du Sanhédrin, il était donc, lui, contemporain de Jésus de Nazareth.


Dans le même ouvrage, un peu plus loin, dans le livre XX, paragraphe 200, Flavius Josèphe cite à nouveau le Christ : « Comme Anan était tel et qu'il croyait avoir une occasion favorable parce que Festus était mort et Albinus encore en route, il réunit un sanhédrin, traduisit devant lui Jacques, frère de Jésus appelé le Christ, et certains autres, en les accusant d'avoir transgressé la loi, et il les fit lapider. » 3


Quelques années après Flavius Josèphe, au début du IIe siècle, c’est à Tacite que nous devrons une mention de Jésus. Dans les Annales, il parlera de l’incendie de Rome survenu en 64 et des chrétiens. Il dira alors « Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate.» 4



Pour en savoir plus : 

- Shlomo Pines, An Arabic Version of the Testimonium Flavianum and its Implications, The Israel Academy of Sciences and Humanities, Jérusalem, 1971.

- Mireille Hadas-Lebel, Flavius Josèphe. Le Juif de Rome, Fayard, Paris, 1989.


1. Traduction par Julien Weill à partir d’une version grecque, Paris, 1900.

2. Origène, Conte Celse, livre I.

3. Traduction par Julien Weill à partir d’une version grecque, Paris, 1900.

4. Tacite, Annales, Livre XV, 44, traduction J. L. Burnouf, 1859.


Première publication dans la Centrale n°337, septembre 2015, pp 9-10.


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