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Les yézidis et leur religion : selon l’Etat islamique, des adorateurs du diable

Mis à jour : 19 mars 2019

Rédigé par Aurélie Collart, chercheuse à l'Institut d'Etudes du Judaïsme.

Les yézidis, peuplade kurdophone dont l’existence reste inconnue de beaucoup, reçoivent, depuis la création d’un Etat islamique, à Sinjar, dans le nord de l’Irak, une bien triste publicité. Considérés, par les fondamentalistes musulmans, comme des suppôts de Satan, ils fuient, en masse, les persécutions. Si des centaines de milliers de personnes ont réussi à rejoindre le Kurdistan voisin, une partie de la minorité s’est retrouvée coincée dans les montagnes de Sinjar, encerclée par les djihadistes et dépourvue de ressources. Autant de raisons pour éclairer un peu, de nos projecteurs, ce peuple singulier dont les souffrances actuelles rappellent quelque peu le sort réservé aux Juifs, à maintes reprises, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Un groupe de yézidis, "Nineveh and Babylon : a narrative of a second expedition to Assyria during the years 1849, 1850, & 1851" (1882)

Aux origines d’un syncrétisme religieux


C’est au XIIe siècle que fut mentionnée, pour la première fois, sur la scène historique, la communauté yézidie, communauté isolée des montagnes kurdes du nord de l’Irak. Bien que ses origines soient incertaines, la tradition orale yézidie considère sa religion comme la plus ancienne du Moyen-Orient, dont les origines se perdraient dans l’antiquité mésopotamienne (le calendrier des yézidis est vieux de 6764 ans). Selon les croyances populaires, tous les membres de la communauté kurde auraient été des yézidis que les massacres et les persécutions auraient, au cours du temps, forcés à se convertir à l’islam.

Carte des principaux centres yézidis au Moyen-Orient

Selon les yézidis, lorsque le Cheikh Adi, un mystique soufi (islam chiite), arriva dans ces régions reculées, il tomba sur une communauté locale se nommant « Shamsanis ». Ceux-ci faisaient remonter leurs origines aux manichéens[1] (pratiquant une religion déjà syncrétique, mélange de zoroastrisme[2], de bouddhisme et de christianisme) et aux adorateurs du soleil. Les Shamsanis et les Adawis (adeptes du Cheikh Adi) s’allièrent politiquement afin de faire face à leurs ennemis communs, alliance se soldant par une union pacifique des peuples et une fusion de leurs religions respectives. Le yézidisme s’inspire donc de nombreuses doctrines et partage des attributs cultuels avec, entre autres, l’islam, le zoroastrisme, le christianisme et, dans une certaine mesure, le judaïsme.


L’espace dans lequel la communauté réformée émergea, connu sous le nom de Sheikhan, était très restreint, mais la nouvelle religion se répandit rapidement parmi les tribus kurdes. Cette expansion rapide n’eut toutefois pas lieu sans irriter fortement leurs voisins musulmans qui commencèrent à massacrer les yézidis dès le XIIIe siècle. Ils subirent, en huit siècles, plus de septante agressions.

[1] Le manichéisme est une religion fondée par le Perse Mani, au IIIe siècle de notre ère. Ce syncrétisme religieux, dualiste, est une fusion entre le zoroastrisme, le bouddhisme et le christianisme. Il est à l’origine de l’adjectif « manichéen », désignant une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste et où le bien et le mal sont en opposition et clairement identifiés.


[2] Le zoroastrisme est une réforme du mazdéisme – religion monothéiste iranienne qui doit son nom à son dieu principal, Ahura Mazda – par le prophète Zarathoustra (aussi appelé Zoroastre). On fait généralement remonter son origine au 1er millénaire – et de plus en plus au 2e millénaire – avant l’ère chrétienne. On retrouve encore des traces du zoroastrisme dans la religion yézidie : le culte du feu, par exemple, y est encore pratiqué. D’autre part, on présume une certaine influence du zoroastrisme dans le judaïsme. En effet, le zoroastrisme était la religion adoptée en Perse lors de la libération de Jérusalem, jusqu’alors sous l’emprise des Babyloniens, par le roi perse Cyrus le Grand, qui mit fin à l’exil des Juifs. Or, la plupart des textes du judaïsme traitant de la vie après la mort furent rédigés au moment de la domination perse en Israël, au cours du VIe siècle avant l’ère commune, période durant laquelle les élites juives entrèrent en contact avec les Perses et, inévitablement, les religions iraniennes et kurdes.

Le culte du feu est toujours célébré chez les yézidis

« Adorateurs de Satan » aux yeux de l’Etat islamiste


Ces persécutions répétées ont pour principale cause des interprétations théologiques divergentes. En effet, les yézidis sont monothéistes. Ils croient en un Dieu, créateur de l’univers, auquel ils n’adressent que rarement leurs prières, divinité qu'ils appellent communément « Xwede », « Khuda » (Dieu en persan) ou « Izdan ». Ce Dieu, inactif, aurait délégué ses pouvoirs à sept anges à la tête desquels l’ange-paon[1] (Malek Taus ou Azazel) aurait été désigné responsable des humains et des affaires du monde. Cet ange-paon agirait, dès lors, comme un intermédiaire entre Dieu et le peuple yézidi.


Mais Malek Taus n’est pas le seul représentant de Dieu. Les yézidis croient, effectivement, en une Trinité divine. Celle-ci se manifesterait, selon eux, sous différentes formes : celle d’un oiseau, l’ange-paon ; celle d’un jeune homme, le Sultan Êzî[2] et celle d’un homme âgé, le Cheikh Adi.

[1] L’image du paon est associée, dans l’iconographie mésopotamienne, au Dieu Tammuz (en babylonien ; aussi appelée Dumuzi en sumérien), dieu-pasteur et dieu de la fertilité. En raison de cette association ainsi que de la ressemblance phonétique avec « Taus », l’ange-paon est aussi parfois considéré comme un Dieu de la fertilité. En outre, dans le calendrier juif, Tammouz est également le quatrième mois lunaire coïncidant, la plupart du temps, avec les mois de juillet et d’août de notre calendrier.


[2] Les légendes yézidies prêtent diverses origines au Sultan Êzî, dont le nom de la communauté dérive. D’un point de vue historique, il est toutefois difficile à situer, mais certains chercheurs rapprochent tout de même cette figure de celle du calife Yazid ibn Mu’awiya (680-83). De plus, bien que les yézidis refusent toute association de la personne précitée avec l’islam, Cheikh Adi semble avoir parlé du calife comme d’un « imam ».

Malek Taus, l'ange paon, intermédiaire entre le peuple yézidi et Dieu

Mais celui qui, selon la croyance yézidie, a été chargé par Dieu de veiller sur la Création, l’ange-paon, est apparenté, selon chrétiens et musulmans, à Sheitan (Satan), en raison de la rébellion qu’il aurait déclenchée au Paradis. Coupable de désobéissance envers Dieu, Lucifer, l’ange déchu, aurait été précipité aux enfers suite à cette rébellion. Néanmoins, les yézidis n’ont pas la même interprétation du mythe de Satan que les adeptes des autres religions monothéistes. D’après eux, il n’est pas un ange déchu, mais l’unique représentant de Dieu sur terre, lui qui refusa de se prosterner devant Adam à cause de son amour pour Dieu. Selon le mythe, ce dernier aurait demandé à Satan qu’il ploie le genou devant Adam pour vérifier son engagement envers lui. Il l’éleva au rang de chef des anges, le rendant ange-paon, parce qu’il avait refusé de se courber devant tout autre que Lui. Par contre, selon une autre hypothèse yézidie, Satan est considéré comme un ange déchu qui s’est racheté. Regrettant de ne pas s’être prosterné devant Adam, il aurait pleuré durant sept mille ans, rempli sept jarres de ses larmes et, à l’aide de celles-ci, éteint les feux de l’enfer.


Suite à cela, Dieu lui aurait pardonné sa prétendue désobéissance. Parallèlement, selon une croyance juive, le même Satan (appelé, dans le judaïsme, l’ange de la mort, Samael ou encore Ashmedai) ne serait pas un représentant du mal mais un messager de Dieu.

Les yézidis, quant à eux, ont une interprétation particulière de l’assimilation entre Satan et Malek Taus. D’après la légende, lorsque le prophète Mohammed arriva au paradis, Dieu, Malek Taus et d’autres anges participaient à une réunion. Mohammed, tentant de se joindre à la conversation, se fit rappeler, par Malek Taus, qu’en sa condition de simple mortel, il n’était pas censé prendre part à cette entrevue. Mécontent, le prophète répondit de façon impolie, irritant ainsi Malek Taus qui le rejeta sur terre. C’est depuis cet événement que Mohammed appellerait l’ange Satan.


Mais pourquoi les yézidis représentent-ils donc Satan sous la forme d’un paon, symbole, pour de nombreux peuples et religions[1], de l’immortalité, de la résurrection et de l’unification des opposés ? Le mystère s’éclaircit lorsque l’on prend connaissance de la croyance musulmane selon laquelle le paon aurait aidé Satan, se présentant à lui comme un ange, à s’adresser au serpent qui aurait ensuite convaincu Adam et Eve de mordre dans le fruit défendu. En échange, Satan promettait au paon de lui enseigner trois formules magiques lui garantissant la jeunesse éternelle, la prévention des maladies et l’accès éternel au paradis.


Autre caractéristique ne jouant pas en leur faveur dans leur relation avec les musulmans, la vénération des Yézidis pour les serpents, animaux généralement associés au mal dans les religions monothéistes. Les djihadistes voient donc les adeptes de cette religion complexe comme des suppôts du Diable : une interprétation abusive leur servant à justifier les crimes commis à leur encontre.

[1] On retrouve l’image du paon dans de nombreuses civilisations et religions : chez les Mésopotamiens, déjà au VIIIe siècle avant notre ère, associé au dieu Tammuz ; dans l’iconographie perse ; sur la monnaie des Romains ; dans le monde chrétien ; ou encore dans l’art byzantin.


Jeunes filles yézidies en habit traditionnel

Un système unique de croyances


Un grand nombre d’autres spécificités composent cette religion complexe. Bien que nombre de ses croyances se retrouve dans d’autres religions orientales, deux livres sacrés forment la base de sa tradition et de son culte : le Kitêba Cilwe, le Livre des Révélations et le Mishefa Reş, le Livre noir. Cependant, peu de yézidis ont l’occasion de consulter ces ouvrages, les exemplaires étant peu nombreux. La tradition se transmet, dès lors, surtout oralement.


Selon ces livres sacrés, l’univers fut formé à partir de la création d’une perle blanche que Dieu déposa sur un oiseau du nom d’Anfar, pour une période de 40.000 ans. Dieu créa alors sept anges, un par jour durant sept jours. L’ange-paon fut créé le dimanche, premier jour de la semaine. Furent ensuite formés sept cieux, la terre, le soleil et la lune ; puis les hommes et les animaux. Dieu plaça ces derniers dans les plis de son manteau et s’éleva de la perle, accompagné des sept anges. Il poussa alors un cri strident qui fit se scinder la perle blanche en quatre. Des interstices jaillirent les océans. Ensuite, Il créa un oiseau, Jibra’il (Gabriel), à qui Il confia les quatre parties de la perle. Dieu créa alors un bateau dans lequel Il resta pendant 30.000 ans, période au terme de laquelle il sortit et demeura à Lalesh. De ses larmes naquit le monde, par coagulation des mers. Dieu remit à Jibra’il deux parties de la perle blanche dans lesquelles Il plaça le soleil et la lune avant de les suspendre dans le ciel. De là, Il donna vie aux arbres fruitiers, aux autres plantes et conçut les montagnes. Enfin, il fit naître Adam puis Eve… à partir de l’avant-bras gauche d’Adam.


Le sanctuaire dédié au Cheikh Adi, à Lalesh

Des traditions religieuses singulières


Tout d’abord, la vie est considérée, par les yézidis, comme un processus à suivre. Au cours de leur vie, les membres de la communauté participent à un certain nombre de rituels et cérémonies représentant différents stades de la vie du fidèle. Ainsi se succèdent le rite de la coupe de cheveux[1], celui du baptême[2], de la circoncision[3], du frère de l’au-delà[4], du mariage et des funérailles.


Comme au sein des autres religions monothéistes, les commandements sont nombreux. Si les interdits et les devoirs des croyants s’appliquent à des thèmes similaires à ceux du judaïsme, du christianisme et de l’islam, leurs spécificités les en écartent considérablement.


D’une part, la coutume interdit notamment la consommation de porc (comme pour les juifs et les musulmans), mais aussi d’aliments plus inattendus tels que le coq, le poisson, la gazelle, ainsi que de nombreux légumes considérés comme impurs : la laitue, la citrouille, le chou, le chou-fleur ou encore l’okra. En ce qui concerne la privation de nourriture, un jeûne de trois jours est pratiqué, chaque année, en décembre, lors de la fête du soleil (Cejna Rojiyen Êzî). Il n’est pas obligatoire et, à notre époque, les yézidis les plus âgés et les plus pieux sont presque seuls à suivre cette tradition dédiée à Êzî.


D’autre part, les quatre éléments (terre, air, feu et eau) sont protégés par une série d’interdits : on ne peut cracher sur l’eau, le feu ou la terre ; le feu ne peut être éteint par l’eau, mais uniquement pas la terre et boire de l’eau doit se faire dans une attitude respectueuse du précieux liquide (un yézidi ne peut, par exemple, se gargariser). Tous ces interdits tirent leur origine du zoroastrisme. A Lalech, les yézidis, davantage orthodoxes, vont plus loin encore : ils ne peuvent couper les arbres, jeter leurs déchets dans la vallée ou même utiliser des chaussures lors de pèlerinages, ce qui serait vu comme un manque de respect. Certains mots sont également considérés comme tabous. Ainsi, le terme « Sheitan » se référant à l’accusation des musulmans selon laquelle les yézidis adoreraient le diable. Jusqu’à récemment, le droit de lire et d’écrire n’était même réservé qu’aux Cheikhs. Enfin, les vêtements[5] yézidis sont dépourvus de bleu, couleur sacrée à leurs yeux (la couleur du ciel et des plumes de paon). De nombreux interdits que les yézidis pratiquants se doivent donc de respecter.

[1] Aussi appelé « biska pora », ce rite, réservé aux garçons, fait de l’enfant (en général âgé de six mois à un an) un yézidi. Avant la cérémonie, les parents n’ont pas le droit de couper les cheveux de leur fils.


[2] Le baptême, « mor kirin », ressemble fort à celui pratiqué par les chrétiens et n’est célébré qu’en un lieu réservé au baptême, à Lalesh. Bien sûr, le chemin à parcourir tend à dissuader les yézidis les plus éloignés de pratiquer ce rite. Les membres de la communauté préconisent de baptiser les enfants en bas âge, mais ils peuvent également le faire à n’importe quelle période de leur vie.


[3] En principe, la circoncision est effectuée, chez les garçons, vingt jours après le baptême. Les yézidis d’Arménie, depuis qu’ils évoluent parmi les chrétiens, ne circoncisent plus leurs enfants. Ils procèdent cependant à l’opération juste avant d’enterrer leurs morts.


[4] Chaque yézidi doit avoir deux « frères (ou sœurs) de l’au-delà » : un Cheikh et un Pir, membres des castes les plus honorables dans leur communauté. Le frère (ou la sœur) dans l’au-delà est une sorte d’ange gardien censé accompagner et protéger le fidèle lors des grandes étapes de sa vie telles que le baptême, la circoncision, le mariage et la mort. Lors de chaque événement, un yézidi offrira de l’argent ou un cadeau à ses frères/sœurs de l’au-delà en signe de sa gratitude.


[5] Bien que d’origine ethnique kurde, leur vêtement ressemble plus au costume traditionnel arabe.


Une femme yézidie, dans un village non loin des Monts Sinjar

En outre, la prière, généralement obligatoire au sein des autres religions, ne l’est pas chez les yézidis. Certes, les plus pieux (souvent les plus âgés) prient de manière quotidienne, mais la pratique n’est pas nécessaire pour être considérée comme un « bon yézidi ». De plus, il n’existe aucune tradition précisant où et comment prier. Les croyants adressent donc leurs prières à n’importe quel endroit et de la manière dont ils le souhaitent. Cependant, bien qu’il n’y ait pas de modèle à suivre, la plupart des yézidis prient trois fois par jour : au lever du soleil, à son coucher et une fois dans la matinée. Comme les musulmans et les juifs dans une certaine mesure, ils procèdent à un lavement des mains et du visage avant de se tourner vers le soleil (et non la Mecque, comme les musulmans) pour s’adresser à la divinité, généralement à Malek Taus ou au Cheikh Shams (le dieu du soleil). Les prières adressées en public invoquent plutôt, quant à elles, le Cheikh Adi.


D’autres moyens sont également utilisés par les fidèles pour montrer leur dévotion à Dieu : embrasser les lieux saints et les mains de personnages religieux, offrir des cadeaux aux membres du clergé (les Cheikhs et les Pirs), ou encore sacrifier des animaux. Les plus pratiquants ont également la coutume du pèlerinage. A l’image de celui des musulmans à la Mecque, des Juifs à Jérusalem et des chrétiens à Lourdes, les yézidis se dirigent vers le sanctuaire où repose le Cheikh Adi, dans la vallée de Lalech, au nord de l’Irak. Mais de nombreux autres endroits sont considérés comme sacrés. Un mausolée, un sanctuaire dédié à un saint, la maison d’un Cheikh ou d’un Pir, ou encore un arbre, un bois, une grotte ou même un rocher ou une source peuvent ainsi faire office de lieu de pèlerinage. Pour l’anecdote, notons que, tout comme les musulmans, les yézidis se doivent d’ôter leurs chaussures avant d’entrer dans un endroit sacré.


On observe, par conséquent, une communauté dont les croyances, les mœurs et les coutumes, bien que fondées, en partie, sur des religions orientales, ne sont pas sans en rappeler d’autres, propres au christianisme, à l’islam et, dans une certaine mesure, au judaïsme.


Un Cheikh yézidi

La société yézidie, un système de castes


Du point de vue de sa structure sociale, la communauté yézidie fonctionne selon un système de castes, chaque personne appartenant à un groupe correspondant à un niveau social, à un rôle dans la société, à une position au sein du système religieux. Les yézidis reçoivent ce statut de leurs parents et ne peuvent en changer. On compte trois castes dans le système yézidi. Celle des Cheikhs est la plus honorée. Ses membres exercent les fonctions les plus importantes dans la religion (Cheikh signifie « dirigeant »). Vient ensuite la caste des Pirs (signifiant « aînés » en kurde), seconde caste religieuse jouant le rôle de conseillers familiaux et participant, avec les Cheikhs, aux circoncisions, mariages et funérailles. Enfin, la caste des Murides est celle du commun des mortels et ne constitue pas une classe religieuse. En principe, les yézidis ne peuvent se marier qu’entre personnes appartenant à la même caste. On notera, toutefois, qu’en Syrie, où ils sont moins conservateurs qu’en Irak (les femmes y sont d’ailleurs sensiblement plus éduquées et socialement moins effacées), le mariage de couples mixtes est toléré.

Deux hommes yézidis aux portes du sanctuaire de Lalesh

Un peuple persécuté par l’EI


Aujourd’hui, des yézidis vivent dans le nord de l’Irak, en Turquie[1], en Syrie, en Iran, dans les Républiques d’Arménie et Géorgie ainsi qu’aux Etats-Unis et en Europe (une petite communauté réside d’ailleurs en Belgique). On en compte environ 600.000[2] dans le monde (c’est-à-dire 2% de la population kurde), dont la majorité réside dans le nord de l’Irak, notamment à Sinjar (300.000), à Sheikhan (57.000) et dans la région de Dohuk (50.000). La plupart des yézidis parlent un dialecte dérivé du kurde, le kurmandji.

[1] A partir de la deuxième moitié du XXe siècle, la plupart des yézidis vivant en Turquie (quelque 60.000 personnes) ont émigré en Europe, surtout en Allemagne, afin d’échapper à l’oppression politique, économique et religieuse mise en place par les autorités turques. Il n’en reste qu’une poignée éparpillée dans quelques villages.


[2] Ce chiffre est difficilement vérifiable et largement discuté. Les sources estiment leur nombre entre 600.000 et 2,5 millions.

Yézidis réfugiés dans les montagnes du Sinjar

Depuis l’occupation du nord de l’Irak par les djihadistes, l’Etat islamique (EI) a décidé de ses débarrasser de toutes les communautés non musulmanes résidant sur son territoire en les assassinant, les forçant à se convertir ou les poussant à l’exode. Chrétiens et yézidis partagent ce même sort funeste. Cependant, les yézidis, considérés comme des mécréants liés au diable, n’ont même pas le droit de se convertir à l’islam. Ils sont froidement égorgés et enterrés (parfois vivants) dans des fosses communes. Des jeunes filles sont violées et d’autres vendues comme esclaves. Il ne leur reste donc pas d’autre choix que l’exil.


Actuellement, les yézidis sont présents dans deux régions du Kurdistan irakien : la ville de Lalesh, au nord de Mossoul , dont les habitants yézidis se sont, pour la plupart, réfugiés à Dohuk, à la frontière turque, et les montagnes de Sinjar, à l’ouest de Mossoul.


La principale ville de la communauté, Sinjar, ayant été prise, par les islamistes, le 3 août 2014, des dizaines de milliers de yézidis se sont vus forcés de quitter les lieux. Alors que 200.000 ont trouvé refuge au Kurdistan irakien, 50.000 autres se sont retrouvés coincés dans les montagnes désertiques de Sinjar.

Première publication dans la Centrale n°333 (septembre 2014)

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